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L'habitat est surprenant

Enfants gamers : quand fortnite défie l’autorité parentale

Demain c'est branché ##

C’est un samedi un peu spécial pour Antoine, 11 ans, qui fête son anniversaire avec ses copains de l’école. Cette année, alors que Marie, sa mère, lui a proposé mille idées d’activités, Antoine est resté inflexible: son anniversaire doit avoir lieu à la maison, devant la console.

Si Marie était prête à sortir son carnet de chèques pour organiser cet anniversaire à l’extérieur (les formules anniversaires ont fleuri partout entre les parcs accrobranches, paintball et autre laser game), ce n'est pas tant pour s’éviter la séance de ménage après le passage d’une horde de pré-ados surexcités… mais bien pour s’épargner de faire le gendarme de Fortnite.

Si vous avez des enfants entre 9 et...30 ans, vous avez dû entendre parler de ce jeu en ligne gratuit (mais aux options payantes!) où il faut tuer des zombies tout en construisant des abris de survie. C’est un jeu de combat -normalement interdit au moins de 12 ans- mais dont l’univers cartoon et l’absence de sang sont d’autant plus attrayants auprès d’enfants un peu plus jeunes. Vos enfants en sont dingues? Vous n’êtes pas les seuls: 200 millions d’utilisateurs jouent à Fortnite, soit à près la population du Brésil!

Ce jeu s’est incrusté dans tous les foyers, les ados et pré-ados sont totalement mordus. D’ailleurs, ça n’a pas loupé à l’anniversaire d’Antoine: 3 copains sur 7 ont débarqué avec leur ordinateur portable et leur casque de jeu, persuadés que la fête d’anniversaire était un prétexte pour organiser un tournoi! Raté, par cette superbe journée de mars, Marie les a emmenés au parc pour une bataille d’eau. Grincheux de ne pas pour s’affronter en “Battle” sur Fortnite, les gamins se sont finalement amusés comme des fous...avec quelques ballons et de l’eau. Comme quoi.

Parents dépassés...

J’ai chopé mon fils en pleine nuit en train de jouer à Fortnite. Il avait attendu que tout le monde aille se coucher pour rallumer son ordi”, confie un des parents à l’anniversaire d’Antoine. “Je passe mon temps à dire: ‘Mathéo, arrête le jeu maintenant’; et lui à répondre ‘Attends je finis ma partie’. La dernière fois, j’ai dû carrément couper le jus du disjoncteur!”, se plaint une autre maman. “Moi, je fais le gendarme, je mets un chronomètre. Il a droit à une heure par jour, pas une minute de plus. Mais c’est un combat de tous les jours”, commente une autre amie de Marie.

Certains parents sont nostalgiques de l’époque où les enfants savaient s’occuper avec trois bouts de bois et un tas de sable, d’autres- un poil plus modernes -regrettent le temps des jeux vidéos sans armes et moins réalistes (ah, Mario Bros! Tetris!). Tous, au fond, sont inquiets. Mais aucun n’interdit complètement: ce serait marginaliser son enfant. Car dans les cours d’écoles, jouer à Fortnite est devenu un phénomène social.

Mon enfant passe-t-il trop de temps à jouer? Est-ce que cela influe sur son comportement? Est-ce qu’il va devenir agressif? Est-ce qu’il va se désociabiliser? Se déscolariser? Autant de questions que vous vous posez sûrement.

Faut-il s’inquiéter?

Disons-le tout de suite: non, votre enfant ne s’enrôlera pas dans l’armée à 14 ans à cause de ce jeu, et non, Fortnite n’est pas une formation en ligne pour devenir tueur en série. Il faut bien d’autres facteurs psychologiques pour que cela joue un vrai rôle. Et pour vous rassurer un peu plus, une étude de l’Université d’Oxford a observé que jouer à un jeu vidéo considéré comme violent ne rend pas pour autant les enfants violents.

C’est plutôt le temps passé sur le jeu qui compte. Comme Fortnite est assez addictif, les enfants ont tendance à enchaîner les heures… Il n’y a pas vraiment de risque de sociabilisation non plus: les enfants communiquent pendant le jeu, et s’en reparlent souvent après quand ils sont à l’école. Certaines études et psychologues trouvent aussi des bénéfices aux jeux vidéos: réactivité, développement de la créativité et du sens de la logique, concentration, motricité. Finalement, tout reste une question de dosage.

Un ou deux conseils.

Comme tous les jeux en ligne, vérifiez avec qui joue et parle votre enfant (connaissez-vous ses interlocuteurs? Est-il en contact avec des adultes?). Déterminez le nombre d’heures par semaine accordé au jeu et fixez des règles (par exemple, pas de jeu après le repas du soir). Expliquez à votre enfant pourquoi ces règles sont importantes (sommeil, alternance avec d’autres activités). Vous pouvez aussi instaurer une règle donnant-donnant: pour une heure de jeu vidéo passée, une heure de lecture offerte! Marie, elle, a testé cette solution: Antoine a déjà lu trois romans en 1 mois et demi.